Concerts

La Passion selon Marie

Première manifestation du cycle Présences Vocales, la création à Toulouse de l’oratorio de Zad Moultaka « La Passion selon Marie », proposée par Odyssud, a réuni, ce 26 septembre en la cathédrale Saint-Etienne, la foule que se doivent d’attirer les grands événements. Voici qui fait chaud au cœur. La création musicale contemporaine ne fait plus peur. Le chœur de chambre « les éléments » de Joël Suhubiette, le Concerto Soave, dirigé par Jean-Marc Aymes, la participation soliste de la soprano Maria Cristina Kiehr, tout concourrait, il est vrai, à la réussite de cette représentation exceptionnelle.
Depuis des années, le compositeur libanais Zad Moultaka collabore étroitement avec le chœur de chambre « les éléments » et son directeur musical Joël Suhubiette. En mai 2010, Odyssud avait ainsi programmé tout un concert dédié à quelques œuvres-phares du compositeur avec ces mêmes artistes. Les liens qui se sont ainsi tissés rendent les partitions indissolublement attachées aux interprétations elles-mêmes. Cette nouvelle création de Zad Moultaka témoigne d’une légitime ambition. Le sujet choisi, tout d’abord, touche à l’universel. La Passion du Christ, si abondamment abordée par les plus grands compositeurs de l’histoire de la musique, a par dessus tout inspiré à Bach au moins deux oratorios qui marquent de manière indélébile le genre musical. Saint-Jean et Saint-Matthieu en sont les deux évangélistes. La démarche spirituelle de Zad Moultaka consiste à confier à Marie, la Mère universelle, le commentaire du supplice ultime subi par son fils. C’est donc à travers le regard de la mère et ses souvenirs que se déroule le récit illustré par la musique.

Les interprètes de « La Passion selon Marie » à l’issue de la représentation. Au premier plan, la soprano Maria Cristina Kiehr, le compositeur Zad Moultaka et Joël Suhubiette

(Photo Classitoulouse)

« Hachô dyôldat Alôhô », signifie « La passion selon la mère de Dieu » en langue syriaque. C’est en effet dans cet ancien dialecte, très proche de l’araméen parlé par le Christ et ses fidèles, que Zad Moultaka a élaboré le texte chanté ou déclamé de son oratorio. Une langue dont il apprécie tout particulièrement « la richesse des sonorités, des dynamiques et des couleurs qu’elle peut susciter ». Disposé au-dessus des musiciens, un écran bienvenu affiche les caractères syriaques du livret et sa traduction française. Le contenu poétique de ce texte emprunte à diverses sources comme les Evangiles, Rainer Maria Rilke, haikus japonais, Louis-Ferdinand Céline, une berceuse populaire italienne du XVII° siècle, des évangiles apocryphes et Moultaka lui-même. Chaque spectateur peut donc suivre avec précision le déroulement du récit et éprouver la profonde émotion qui imprègne toute l’œuvre.

L’effectif instrumental et vocal choisi par le compositeur associe au splendide chœur de chambre « les éléments » l’ensemble d’instruments anciens Concerto Soave composé de violes de gambe, archiluth, cornet muet, sacqueboutes, orgue et clavecin, ainsi qu’une très riche section de percussions, avec notamment une étonnante batterie de gongs. Emergeant d’un lourd silence d’angoisse, les voix de basse ouvrent l’œuvre sur une longue tenue proche du bourdon des partitions anciennes et sur les paroles sacrées : « Père, pardonne-leur. Ils ne savent pas ce qu’ils font ». Toute l’œuvre, qui ose une lenteur sacrée, baigne dans une atmosphère irréelle d’attente, de souffrance contenue. Rares, et donc terriblement frappants, sont les moments d’explosion d’une douleur indicible. Les interventions de Marie, incarnée par la voix immatérielle et douce de Maria Cristina Kiehr, s’élèvent comme une plainte d’autant plus poignante qu’elle reste retenue et intime. Certaines parties du récit, tirées des Evangiles, sont seulement déclamées par le chœur, générant ainsi une tension dramatique supplémentaire. Enfin, la sublime berceuse de la Vierge qui referme cette Passion sur les mots : « Là je resterai la tête penchée / Tant que mon enfant dort » conclut l’œuvre dans l’émotion du silence retrouvé. Comme hypnotisé, le public met un certain temps à « redescendre » sur terre… et à acclamer le compositeur et ses interprètes pour cette création à laquelle on ne peut que souhaiter une large diffusion. Un grand bravo enfin à Joël Suhubiette, à ses chanteurs et aux musiciens du Concerto Soave qui, une fois de plus, savent s’investir avec professionnalisme et passion dans de fécondes entreprises.

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