Concerts

La clarinette au zénith !

Le premier concert de la saison des Arts Renaissants a accueilli le bel ensemble musical Virtuoso et son fondateur, le clarinettiste Amaury Viduvier le 18 novembre dernier à l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines. Cet exceptionnel dialogue entre un prodigieux instrumentiste à vent et un ensemble à cordes remarquable n’a pas manqué de susciter l’accueil enthousiaste d’un public émerveillé.

La saison 2025-2026 des Arts Renaissants est tout d’abord présentée par le Président de l’association Claude Scavazza, et son directeur musical Jean-Marc Andrieu qui rappellent les circonstances de sa création en 1978 par l’organiste et compositeur Xavier Darasse.

Commenté par Amaury Viduvier lui-même, le programme de cette splendide première soirée évoque un voyage entre les traditions musicales, les genres, les lieux, les styles. Avec un lien que traduit le thème du concert : Danza ! Chaque étape de ce voyage est illustrée par des arrangements divers de grandes œuvres, parfaitement imaginés par les interprètes.

L’ensemble Virtuoso et Amaury Viduvier – Photo Classictoulouse

L’ouverture de cette rencontre place très haut son niveau musical, virtuose, expressif. Amaury Viduvier joue en soliste des extraits du célèbre concerto pour… flûte et cordes d’Antonio Vivaldi. Son adaptation pour clarinette est à couper le souffle. Celui de l’auditeur, pas celui de l’interprète ! Aussi virtuose que poète, le soliste y déploie un jeu éblouissant. La richesse de ses ornementations donne parfois l’impression d’un jeu polyphonique. Un comble pour un instrument monodique !

L’ensemble à cordes se hisse au même niveau d’excellence. Igor Pollet et Nam Nguyen, violons, Arabella Bozic, alto, Stéphanie Huang, violoncelle, et Lorraine Campet, contrebasse, réalisent la performance de laisser percevoir la personnalité sonore et musicale de chacun tout en soutenant l’unité de l’ensemble. Notons que Stéphanie Huang est violoncelle solo de l’Orchestre de Paris et que Lorraine Campet, révélation soliste instrumental des Victoires de la musique classique 2025, est actuellement super soliste à l’Opéra de Paris. Excusez du peu !

Après cette introduction, la première étape visite le monde latin avec les couleurs et la fantaisie virtuose de Libertango et le rythme irrésistible de Primavera Porteña, d’Astor Piazzolla. Ces deux pièces animées encadrent la nostalgie profonde d’un chant traditionnel du fado portugais, Noite (Nuit). Amaury Viduvier réalise là des pianissimi incroyables, à la limite du silence.

Amaury Viduvier et l’ensemble Virtuoso – Photo Classictoulouse

Claude Debussy et Georges Bizet animent l’étape française. Rêverie, du premier, émerge de la poésie pure de l’original pour piano, habilement transcrit. Dans la Carmen Fantaisie, inspirée du plus célèbre des opéras et initialement composée pour violon et orchestre du compositeur et violoniste espagnol Pablo de Sarasate, le clarinettiste chante les grands rôles de l’ouvrage avec un impressionnant raffinement.

L’étape américaine confronte les différences de style de Samuel Barber et George Gershwin. L’ensemble des cordes seules égrène l’émouvante mélodie du fameux Adagio, extrait du Quatuor à cordes n° 1, op. 11 de Samuel Barber. Nous écoutons là une version sensible, très proche de l’original, puisque seule la contrebasse se joint aux instruments originaux du quatuor à cordes. La clarinette retrouve ses complices dans le joyeux Walking the dog de George Gershwin. Un beau sourire musical !

L’ensemble Virtuoso dans l’Adagio de Samuel Barber. De gauche à droite ; Igor Pollet, Nam Nguyen, Stéphanie Huang, Lorraine Campet et Arabella Bozic – Photo Classictoulouse

La dernière destination concerne l’Europe centrale. Johannes Brahms ouvre le bal avec sa Danse hongroise n° 1. La clarinette y réalise d’incroyables tenues du son qui témoignent d’une incroyable gestion du souffle ! Ensuite, le thème, Petrijin venac, du compositeur serbe Zoran Simjanović auteur de nombreuses musiques de films, distille une profonde nostalgie que les musiciens adoptent avec sensibilité. Enfin le dernier mot est donné à la musique Klezmer avec la danse folle intitulée Let’s be happy. Cet air traditionnel est repris par le compositeur suédois Göran Fröst, frère du célèbre clarinettiste Martin Fröst, déjà invité à Toulouse. Les accents frénétiques de cette pièce donnent au soliste le prétexte d’un déchaînement probablement improvisé d’ornementations acrobatiques toujours parfaitement réalisées.

L’ovation enthousiaste qui salue cette exécution est alors suivie d’un bis de la même veine, d’une joie exubérante et de nouveau acclamée.

La saison 2025-2026 des Arts Renaissants ne pouvait espérer plus brillante ouverture…

Serge Chauzy

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