Le 30 septembre dernier, la dernière rencontre du 47ème festival Piano aux Jacobins a permis au grand pianiste Jean-François Heisser de présenter un programme musical particulièrement original. Sur le thème de la forêt, une succession de courtes pièces, soigneusement choisies, mêle poésie et ouverture, harmonie et contrastes.
Jean-François Heisser, pianiste, chef d’orchestre, pédagogue à la vaste culture et à la curiosité sans cesse en éveil, est souvent qualifié d’ »Artiste complet ». Né à Saint-Etienne, il est l’héritier de Vlado Perlemuter, Henriette Puig-Roget et Maria Curcio. Il a lui-même enseigné le piano de 1991 à 2016 au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Parmi ses disciples on peut citer Bertrand Chamayou et Jean-Frédéric Neuburger avec lesquels il entretient une relation de grande complicité musicale.
Son activité est aujourd’hui partagée entre une carrière de soliste, de directeur musical de l’Orchestre de Chambre Nouvelle-Aquitaine depuis 2001, de chef invité, et aussi de directeur artistique pour différentes structures musicales.
Soliste, il joue sous la direction des plus grands chefs et avec les orchestres les plus réputés. Il se produit beaucoup en récital avec une prédilection pour Beethoven, Brahms, Chopin, le répertoire espagnol et bien sûr les grands compositeurs français d’hier et aujourd’hui.
Pour ce récital de clôture du festival 2026, Jean-François Heisser propose un parcours consacré à la forêt, aux arbres et aux oiseaux. La succession des nombreuses pièces qui composent son programme est habilement ponctuée de citations de celui qui s’est passionné tout au long de sa production musicale pour la vie des oiseaux, Olivier Messiaen. Au point de se présenter, ainsi que le rappelle le pianiste, comme « Compositeur et ornithologue ».

Présentant son programme, Jean-François Heisser commente avec conviction et pédagogie cette succession de partitions aussi complémentaires que contrastées. Les portraits d’oiseaux d’Olivier Messiaen sont empruntés à ses « Petites esquisses d’oiseaux ». On entend ainsi les chants du Rouge-Gorge, de la Grive musicienne, du Merle noir, de l’Alouette des champs…
Les séquences qui se succèdent sont harmonieusement distribuées. Trois compositeurs français, Emmanuel Chabrier, Albert Roussel, Maurice Ravel (avec sa fameuse pièce Oiseaux tristes extraite des Miroirs) sont d’abord mis à l’honneur. Quelques transcriptions de Franz Liszt de pièces de Schubert et de Paganini voisinent avec les poétiques Rain tree sketch I et II du contemporain Tōru Takemitsu, présenté comme héritier de Claude Debussy. Le Français Philippe Fénelon est également cité avec sa pièce Septembre.
Toutes ces œuvres sont exécutées avec la générosité d’un toucher parfaitement adapté aux styles de chacune d‘entre elles : poésie, virtuosité, énergie…

La dernière séquence du récital est légitimement consacrée au cycle des Scènes de la forêt, de Robert Schumann. Le profond romantisme de l’œuvre est admirablement traduit par l’interprète dans un équilibre expressif qui souligne le caractère presque improvisateur de l’écriture du compositeur. L’épisode de L’Oiseau prophète s’avère ici particulièrement touchant.
Rappelé avec enthousiasme par le public, Jean-François Heisser offre pas moins de trois bis : l’une de ces touchantes chansons du compositeur catalan Federico Mompou et deux pièces extraites de la suite pour piano, Les Goyescas opus 11, écrite par Enrique Granados.
Une belle conclusion pour ce 47ème festival !
Serge Chauzy
