Concerts

Fauré et Schubert entre amis

Les musiciens de ce concert au salut final - Photo Classictoulouse -

Le concert du 26 novembre dernier des Grands Interprètes recevait un quintette instrumental de rêve réuni autour de Renaud Capuçon. Le grand soliste et chef d’orchestre s’investit en effet également dans la pratique plus intimiste de la musique de chambre au plus haut niveau. Deux grands chefs-d’œuvre de ce domaine étaient inscrits au programme de cette soirée largement applaudie.

Ce soir-là, Renaud Capuçon est entouré de l’altiste Paul Zientara, du violoncelliste Maxime Quennesson, de la contrebassiste Lorraine Campet et du pianiste Guillaume Bellom. La cohésion, la ferveur du jeu commun, les richesses sonores de l’ensemble frappent dès les premières notes.

En hommage à Gabriel Fauré, célébrant ainsi le centenaire de sa disparition, la première œuvre inscrite au programme est son Quatuor pour piano et cordes en sol mineur n° 2, composé un an avant son célèbre Requiem. Malgré son mode mineur cette partition rayonne d’une vibrante vitalité. Les musiciens abordent les premières mesures avec une passion et une chaleur communicatives. Les échanges entre les instruments prennent la forme de discussions ardentes. L’écriture de cet Allegro moderato avance ici par vagues successives que les musiciens soulignent habilement.

Les musiciens dans le Quatuor pour piano et cordes n° 2 de Fauré – Photo Classictoulouse –

L’agitation du Scherzo, Allegro molto bénéficie de la virtuosité des interprètes, brillamment associée à la mobilité des nuances choisies. L’Adagio non troppo calme avec poésie, mais également avec luminosité, les échanges qui évoquent quelques confidences entre amis. Dans le Finale, Allegro molto, les musiciens retrouvent cette fièvre joyeuse qui caractérise ce chef-d’œuvre lumineux.

L’une des plus célèbres partitions de musique de chambre de Franz Schubert occupe toute la seconde partie de soirée. Il s’agit du Quintette pour piano et cordes en la majeur D 667, plus connu sous son sous-titre, « La Truite ». Ce nom provient de son quatrième mouvement qui prend la forme d’une série de variations sur le thème du célèbre lied de Schubert, Die Forelle (La truite), lui-même inspiré d’un texte du poète, ami du compositeur, Christian Friedrich Schubart.

Les cinq musiciens dans le Quintette D 667, La Truite – Photo Classictoulouse –

Pour son exécution, la contrebassiste Lorraine Campet rejoint ses collègues et complices. Les musiciens ainsi réunis développent avec talent l’atmosphère heureuse ou sereine des cinq mouvements qui composent cette œuvre écrite dans la tonalité lumineuse de la majeur. Dans le vaste premier mouvement Allegro vivace, en particulier dans le développement des variations qu’il contient, les échanges entre les instruments reprennent l’allure d’un dialogue permanent qui bénéficie de l’apport « terrien » de la contrebasse. L’Andante qui suit évolue progressivement, dans la diversité des atmosphères, du chant léger vers la gaîté d’une marche. Une joie vigoureusement rythmée imprègne le bref Scherzo et son Trio central. Un tempo soutenu entretient cette allégresse, épisodiquement teintée de douceur.

L’Andantino, Tema e variazioni développe la page probablement la plus célèbre de Schubert. Le thème énoncé en ouverture est donc celui du fameux lied Die Forelle. D’un caractère initialement nostalgique, il est suivi de cinq variations de caractères divers, sollicitant la virtuosité et l’imagination des interprètes. Le piano ouvre ces variations avec une virtuosité joyeuse. Il est suivi des interventions alternées donnant la parole soliste au violon et au violoncelle, la contrebasse assurant une belle assise à l’ensemble. L’Allegro giusto final, joyeux et entraînant, conclut cette exécution lumineuse et d’une profonde beauté expressive.

Pour répondre aux acclamations du public, les interprètes reprennent avec un sourire quelques-unes des variations « poissonnières » particulièrement appréciées…

Serge Chauzy

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