Concerts

Eblouissante visite

Pour la deuxième fois, Alexandra Soumm était à Toulouse le 3 mars dernier. Le salon rouge du musée des Augustins accueillait la très jeune violoniste russe en compagnie du pianiste français Julien Quentin, dans le cadre de la saison des Arts Renaissants.

La violoniste russe Alexandra Soumm et le pianiste français Julien Quentin dans le salon rouge du Musée des Augustins
(Photo Classictoulouse)

Surdouée, Alexandra Soumm l’est assurément. Virtuose accomplie jusqu’au bout de l’archet, elle ne fonde pourtant pas l’essentiel de ses interprétations sur la seule perfection de sa technique. Son jeu dispense une énergie inépuisable, dans la vivacité comme dans la rêverie. Sa sonorité solaire illumine chacune de ses interventions. En outre, elle sait parfaitement adapter sa sonorité, son phrasé, au style de la musique qu’elle interprète. La sonate en sol majeur de Mozart, KV 301, qui ouvre le concert, témoigne de son goût artistique et de sa musicalité. Peu de vibrato, un sens inné de la nuance et de la lumière, un classicisme parfaitement en situation avec cette aimable pièce de jeunesse. Notons le beau toucher et la finesse de l’accompagnement pianistique de Julien Quentin. La limpidité de son jeu complète admirablement l’élan soutenu de la violoniste.

Le Prokofiev de la sonate n° 2 pour violon et piano, qui succède à Mozart, libère l’imagination de la soliste. Initialement composée pour flûte et piano, cette sonate a été transcrite, par Prokofiev lui-même, pour violon à la demande du grand David Oïstrakh, séduit par la vitalité de la partition. Alexandra Soumm aborde le premier mouvement Andantino moderato avec la vigueur contenue de son tempérament. L’Allegro qui suit brûle littéralement d’une flamme satanique. Comme si sa vie en dépendait, la violoniste y déploie de nouveau une énergie sans limite. Après la nostalgie rêveuse et lyrique de l’Andante, l’Allegro con brio final éblouit comme un feu d’artifice.

Très différent apparaît le lyrisme chaleureux de la sonate n° 2 d’Edvard Grieg. Ses trois mouvements illustrent l’attachement profond du compositeur au terroir norvégien. Alexandra Soumm sait parfaitement préserver la pudeur des épanchements sensibles de l’Allegretto tranquillo central, véritable pivot expressif de la partition. Le caractère de danse nourrit avec vigueur l’effervescent Allegro animato final.

Sauvage, incandescent, le Tzigane de Ravel qui conclut ce programme plonge ses racines dans une identité folklorique admirablement recomposée. Alexandra Soumm ne cherche pas à y faire du « beau son ». Elle « chante » d’une voix rauque, à la manière de quelque « cantaor » gitan. Rejointe par le piano magnifiquement analytique de Julien Quentin, elle mène cette évocation à son terme frôlant la folie.

Les deux compères offrent finalement au public un bis de charme, là aussi importé, mais de Vienne l’éternelle cette fois, un « Libesleid » du raffiné Fritz Kreisler.

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