Concerts

Concert d’ouverture en apothéose

Maxim Vengerov et Myung-Whun Chung à la tête du Tokyo Philharmonic Orchestra - Photo Classictoulouse

Le 3 novembre dernier, Les Grands Interprètes présentaient le premier concert de sa 40ème saison. Ce concert de prestige réunissait le Tokyo Philharmonic Orchestra, son directeur musical honoraire Myung-Whun Chung et le grand violoniste Maxim Vengerov. Un programme de musique russe très accessible à tous les publics n’a pas manqué d’enthousiasmer une Halle aux Grains pleine et particulièrement attentive.

Si Myung-Whun Chung est un invité récurrent à Toulouse (le 8 décembre 2022, il dirigeait ici l’Orchestre Philharmonique de Radio France), Maxim Vengerov n’était pas revenu depuis son concert en duo avec Lilya Zilberstein, le 16 novembre 2006. En revanche, le Tokyo Philharmonic Orchestra faisait cette fois sa première visite toulousaine.

La première œuvre inscrite au programme de cette rencontre du 3 novembre est inscrite dans la mémoire de tous les mélomanes. L’unique Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 35 de Piotr Ilitch Tchaïkovski reflète profondément les tourments de la vie intime et personnelle du compositeur. Son écriture, qui s’en ressent, confronte un violon soliste plein d’ardeur à un orchestre fourni et flamboyant.

Maxim Vengerov, soliste du Concerto pour violon de Tchaïkovski – Photo Classictoulouse

L’exécution toulousaine de ce soir-là marque l’adéquation parfaite entre ces deux protagonistes. Dès les premières notes du soliste, en réponse aux accents énergiques du tutti, on retrouve la sonorité généreuse de Maxim Vengerov, d’une profondeur impressionnante. Son registre grave évoque celui d’un violoncelle. Le legato intense de son jeu, son sens des nuances s’accordent parfaitement avec le riche déploiement orchestral. A cet égard, on ne peut qu’admirer le parfait équilibre qui se maintient tout au long de l’œuvre entre le violon et l’orchestre.

Dans la cadence de l’Allegro moderato initial, le soliste déploie l’incroyable panoplie d’une performance technique au service de l’expression. Sons harmoniques, cordes doubles semblent d’une facilité déconcertante !

Une extrême douceur, un charme particulier caractérise le jeu du violoniste dans l’Andante, Canzonetta, alors que l’effervescence qui domine le Finale s’accompagne par endroits d’une tendresse émouvante. L’éclat final réunit, toujours avec le même équilibre sonore, le soliste et l’orchestre. La remarquable sobriété gestique de la direction de Myung-Whun Chung s’accompagne d’une grande précision que les musiciens du TPO traduisent dans leur cohésion et la fusion colorée de ses différents pupitres.

Maxim Vengerov – Photo Classictoulouse

L’accueil enthousiaste du public obtient de Maxim Vengerov un bis d’un tout autre caractère. L’Adagio de la Sonate pour violon seul n° 1 en sol mineur BWV 1001 de Johann Sebastian Bach est « chanté » avec une sérénité qui se traduit par un jeu avec peu de vibrato. Ce qui rappelle l’intérêt du musicien pour le répertoire ancien sur violon baroque.

Toute la seconde partie du concert est consacrée à une sélection des Suites 1 et 2 du grand ballet de Prokofiev, Roméo et Juliette. Le choix des extraits suit habilement le déroulement du drame de Shakespeare. L’explosion initiale du premier épisode, Montaigu et Capulet, est suivie des scènes plus apaisées autour des deux amants. L’orchestre y déploie ses splendides couleurs jusqu’à la violence du combat qui aboutit à la Mort de Tybalt. La direction de Myung-Whun Chung, toujours aussi sobre et mesurée, n’en obtient pas moins de ses musiciens les accents les plus contrastés. Violence et douceur s’opposent et se complètent dans une admirable précision rythmique et mélodique. Le désespoir de la scène Roméo au tombeau de Juliette précède l’épisode comme hors du temps de la Mort de Juliette. Le silence qui conclut cette sélection se prolonge longuement avant que n’éclatent les applaudissements nourris du public sous le charme.

Myung-Whun Chung à la tête du Tokyo Philharmonic Orchestra – Photo Classictoulouse

Rappelés à de nombreuses reprises, le chef et son orchestre offrent un bis vivifiant : la 1ère Danse Hongroise de Johannes Brahms jouée avec toute la fougue tsigane qui caractérise l’écriture du compositeur.

Nous avons donc vécu un concert d’ouverture d’exception !

Serge Chauzy

Programme :

    Tchaïkovski : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, opus 35

    Prokofiev : Roméo et Juliette – ballet, opus 64 – Sélection

        1. Suite 2 No.1 Montaigu et Capulet

        2. Suite 2 No.2 Juliette jeune fille

        3. Suite 1 No.5 Masques

        4. Suite 1 No.6 Roméo et Juliette

        5. Suite 1 No.7 Mort de Tybalt

        6. Suite 2 No.3 Frère Laurent

        7. Suite 2 No.4 Danse

        8. Suite 2 No.6 Danse des jeunes filles aux lys

        9. Suite 2 No.7 Roméo au tombeau de Juliette

        10. Suite 3 No.6 Mort de Juliette

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