Concerts

Beethoven côté chœur

Pour le dernier concert de la saison symphonique de l’Orchestre National du Capitole, les 20 et 21 mai derniers, Tugan Sokhiev devait diriger la première et la dernière des neuf symphonies de Beethoven. Souffrant, il a dû laisser la baguette au très actif chef espagnol Josep Pons qui venait précisément, le vendredi précédent, de diriger la formation toulousaine dans un concert de la même série d’abonnement.

Josep Pons, à la tête de l’Orchestre National du Capitole et du Choeur National d’Espagne pour une exécution de la 9ème symphonie de Beethoven (Photo Classictoulouse)

Chaleureusement remercié par ses musiciens, mais aussi par un public conquis par son exécution, le 20 mai, de la seule 9ème symphonie, Josep Pons bénéficiait là, hasard bienheureux, du concours de sa propre phalange vocale, le Chœur National d’Espagne, actuellement dirigé par la jeune et talentueuse Mireia Barrera. Cette proximité familière a probablement contribué à la formidable réussite de ce final universellement célébré que chacun chante en son for intérieur avec les voix rassemblées des interprètes.

Mais la montagne se gravit par étapes avant d’en atteindre le sommet. Visiblement, Josep Pons aborde l’œuvre d’un regard nouveau. Dès les premières mesures de l’Allegro ma non troppo, il crée un climat de lutte ardente. Energie des tutti, accords acérés, tempi fébriles, dynamique exacerbée, le chef espagnol met en œuvre d’étonnants phrasés, dégagés des influences postromantiques traditionnelles. Le Molto vivace, pris dans un rythme étourdissant, se trouve scandé par une timbale maîtresse du jeu. Havre de méditation, l’Adagio instaure une profonde respiration, chaque solo instrumental s’épanouit librement, comme cette périlleuse mais cruciale péroraison du cor, étrangement confiée par Beethoven au 4ème musicien du pupitre, et admirablement phrasée par Arnaud Bonnetot.

Tout le final se construit par étapes. L’ouragan qui ouvre ce vibrant Presto introduit la fameuse quête du thème qui célèbrera la joie absolue, universelle, sans réserve. Josep Pons conduit cette recherche fébrile avec finesse et intensité, jusqu’à cette naissance mystérieuse, miraculeuse même du motif qui accompagne l’Ode à la joie imaginée par Schiller. Une ferveur absolue caractérise ensuite tout le développement vocal. Le Chœur National d’Espagne réalise là une performance exceptionnelle de pure beauté, d’homogénéité, de justesse, de dynamique, d’élan irrésistible. Les quatre solistes, Rebecca Evans, soprano, Caitlin Hulcup, mezzo-soprano, Stuart Skelton, ténor et Detlef Roth, baryton, joignent leur voix à l’ardente proclamation finale. Une proclamation que prolonge l’enthousiasme du public ébloui par la performance. Une belle conclusion pour une riche saison symphonique.

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