Concerts

Ombre et lumière

Deux œuvres significatives de l’art de Stefano Gervasoni constituaient le programme du troisième spectacle du cycle Présences Vocales pour cette saison 2012-2013. Créées respectivement en 1995 et en 2011 au cours des « Tage für Neue Kammermusik » de Witten (Allemagne), « DESCDESESASF » et « Dir – In Dir » sont jouées à Toulouse pour la première fois, « Dir – In Dir » étant même présenté en création française, ce 24 janvier dernier, au Théâtre Garonne.
Stefano Gervasoni, né à Bergame en 1962, suit des études de piano puis, après avoir sollicité à l’âge de dix-sept ans environ les conseils de Luigi Nono, il commence des études de composition au Conservatoire Giuseppe Verdi de Milan avec Luca Lombardi. Il étudiera plus tard ponctuellement avec György Kurtág en Hongrie en 1990, puis à l’Ircam en 1992. Ses rencontres avec Brian Ferneyhough, Peter Eötvös et Helmut Lachenmann ont été essentielles dans son parcours.

Installé à Paris de 1992 à 1995, Stefano Gervasoni obtient la bourse de l’Académie de France à Rome, où il réside en 1995-1996. Il avait auparavant obtenu différents prix en Italie. En 2005, il reçoit une bourse de la DAAD (Deutscher Akademischer Austausch Dienst, Office allemand d’échanges universitaires) qui lui permet de passer une année à Berlin. L’année suivante, il est nommé professeur de composition au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.

Ses deux œuvres sont données à Toulouse avec le concours de deux formations musicales de grande qualité, spécialisées dans le répertoire contemporain, l’ensemble vocal britannique Exaudi dirigé par James Weeks, et l’ensemble instrumental français L’Instant Donné, ce dernier étant d’ailleurs en résidence au Théâtre Garonne.

Les trois interprètes de « DESCDESESASF » de Stefano Gervasoni – Photo Classictoulouse –

Ainsi que le démontrent les deux pièces présentées ici, la musique de Stefano Gervasoni ne cherche ni à « séduire », ni à distraire, encore moins à bercer complaisamment les habitudes d’écoute. Radicales et très élaborées, ses compositions mettent en question l’attention du spectateur, en provoquent les réactions profondes, appuient souvent là où ça fait mal ! Les deux pièces présentées procèdent par séquences courtes qui s’enchaînent et entre lesquelles le silence joue un rôle aussi fondamental que le son instrumental ou vocal, un peu à la manière d’un Anton Webern.

« DESCDESESASF », composé pour trio à cordes, violon, alto et violoncelle, est un double hommage à Robert Schumann et au poète roumain de langue allemande Paul Celan. Tous deux connurent des destins tragiques et proches : Schumann se jeta dans le Rhin, Celan dans la Seine. Le titre, énigmatique au possible, ne se prononce pas. Ses lettres représentent tout simplement les degrés de la gamme dans la notation anglo-saxonne. Les trois instruments développent une sorte de pointillisme musical fait de brèves séquences séparées par de longues plages intermédiaires pendant lesquelles les musiciens les équipent de sourdines diverses. Ce rituel déconcertant « met en scène » une étrange dramaturgie que ponctuent trois plages de déclamation murmurée du poème Aschenglorie (Gloire de cendres) de Paul Celan. Le pessimisme le plus noir habite cette pièce qui distille la souffrance, le doute. Une descente vers la nuit, vers la mort, vers le néant que les musiciens, qui constituent le premier trio à cordes de L’Instant Donné, conduisent avec profondeur.

L’ensemble vocal britannique Exaudi, l’ensemble instrumental français L’Instant Donné, sous la direction de James Weeks, dans « Dir – In Dir » – Photo Classitoulouse –

Tout autrement résonne « Dir – In Dir ». Composée sur treize distiques tirés du Voyageur Chérubinique du poète mystique du XVIIème siècle, Angelus Silesius, l’œuvre réunit deux pièces antérieures : « Dir » (A toi), d’une part, destinée au chœur, et « In Dir » (En toi), d’autre part, écrite pour ensemble instrumental. Stefano Gervasoni y associe les deux formations dans une sorte de confrontation dans laquelle le chœur propose et les instruments commentent. Leurs interventions, parfois séparées, finissent par se rejoindre dans une quête qui illustre l’ancien mythe platonicien de l’« âme sœur », telle que l’évoque le compositeur lui-même : « Les deux moitiés de… l’être androgyne primordial divisé par Zeus, chacune d’elles souffrant en permanence de la nostalgie de la moitié perdue dans une continuelle tentative d’être rassemblée à l’autre. » Toutes les ressources instrumentales et vocales sont exploitées ici : le chant, mais aussi le cri, le feulement des voix, parfois masquées par la main, les sons filés, les pizzicati, les « col legno » des cordes…

Les interprètes, sous la direction rigoureuse de James Weeks, se donnent entièrement à cette célébration musicale faite d’ombre et de lumière. Une musique difficile, certes, et qui déconcerte certains, mais ouvre des horizons nouveaux.

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