Concerts

John Cage l’inclassable

Cela bouge vraiment dans le monde de la musique et de la voix. Le cycle Présences vocales fait véritablement avancer la cause des musiques actuelles auprès de tous les publics. Comment ne pas s’en réjouir ? La création musicale, grâce à ses artisans parfois si peu ou si mal diffusés, n’a cessé d’avancer, d’imaginer de nouveaux modes d’expression, de nouvelles approches d’un domaine culturel en perpétuelle évolution. Ce samedi 17 mars, grâce à la scénographie de Christophe Bergon et à la réalisation informatique et musicale du collectif éOle, le Théâtre du Capitole est devenu, l’espace d’une longue soirée, le creuset bouillonnant de l’hommage à l’iconoclaste et inclassable John Cage.

Le « water gong » de John Cage

exposé dans le grand foyer du

Théâtre du Capitole

– Photo Classictoulouse –

Cet élève d’Arnold Schönberg, s’est illustré essentiellement comme compositeur de ce que l’on appelle, faute de mieux, musique contemporaine expérimentale. Mais il fut aussi philosophe et… mycologue ! Maniant le paradoxe et la provocation salutaire, il a également créé les expérimentations musicales radicales qui accompagnaient les chorégraphies de la Merce Cunningham Dance Company.

De 18 h à 1 h du matin, des foyers à la salle du Théâtre, l’esprit frondeur de John Cage n’a cessé de souffler. En exposition permanente, le foyer bar accueille les ahurissantes « inventions » de l’Américain rebelle. Un piano préparé, l’instrument principal attaché au compositeur, un water gong, quelques coquillages et champignons, une ribambelle de postes de radio « vintage » diffusant Radio Music, fil conducteur de cette soirée attirent les regards et les oreilles.

Dans la salle du Théâtre, après la projection du film, Intimacy, de Peter Greenaway, le jeune et talentueux Wilhem Latchoumia offre un large panorama d’œuvres exécutées sur un piano préparé, à commencer par Daughters of the Lonesome Island (Fille de l’Île Solitaire), de John Cage lui-même. Sur le même instrument, il fait briller quatre pièces d’hommage récemment créées à la fondation Royaumont et imaginées successivement par Karl Naegelen (Piano Guiro), Francesco Filidei (Filastrocca girardina), Pierre Jodlowski (Série C) et Gérard Pesson (Cage in my car). Wilhem Latchoumia s’y investit avec fougue et imagination, révélant ainsi des mondes sonores inédits. Tantôt muni de mitaines pour d’impressionnants glissandi, tantôt accompagné de bandes magnétiques préenregistrées, il met son jeu fluide et ardent au service de musiques pleines de relief.

En alternance avec les pièces musicales, quelques vidéos extraites de From Zero, quatre films sur John Cage, de Frank Scheffer et Andrew Culver, donnent l’occasion de voir le compositeur en personne débiter, en temps limité ( !), une série d’aphorismes aussi délirants qu’irrésistiblement irrévérencieux.

Wilhem Latchoumia et le piano préparé – Photo Classictoulouse –

La grande Joëlle Léandre, contrebassiste, vocaliste, compositrice participe ensuite à une série de présentations totalement déjantées. Ryoanji, pour contrebasse, bande magnétique et ensemble instrumental, de Cage lui-même, ressemble à un supplice sonore, une géniale provocation, peut-être bien destinée à faire réagir le public. Imaginez un peu : la même note brève, jouée à l’unisson par l’ensemble et répétée quelques centaines de fois (c’est en tout cas l’impression que cela donne !) à des intervalles irréguliers. Quelques incantations discrètes à la contrebasse et hululements issus de la bande associée accompagnent cet implacable « plantage de clous » dirigé avec constance et sobriété par Bertrand Dubedout. Hommage à J., de Joëlle Léandre, pour voix, bande, objets divers et bicyclette (?) évoque une sorte de Magritte sonore et visuel. Le danseur Dominique Boivin participe enfin, avec un humour irrésistible à Oaxaka, avec Joëlle Léandre qui pimente sa prestation d’exclamations en anglais.

Joëlle Léandre, contrebasse, et l’ensemble instrumental dirigé par Bertrand Dubedout

pour l’exécution de Ryoanji, de John Cage – Photo Classictoulouse –

La dernière intervention dans la grande salle réunit finalement quatre personnalités musicales au service exclusif cette fois de l’œuvre de John Cage. L’excellent clarinettiste Jean-Jacques Godron délivre deux pièces incroyables, la Sonate et la partie de clarinette du Concerto pour piano. Wilhem Latchoumia joue, sur un piano jouet, la Suite for toy piano. Bertrand Dubedout, récitant, délivre un de ces irrévérencieux discours de Cage sur les champignons, alors que Joëlle Léandre chante deux mélodies étrangement nostalgiques, The Wonderful Widow of Eighteen Springs et A Flower, tout en utilisant sa contrebasse comme un discret instrument de percussion.

Aria with Fontana Mix, joué et vécu en solo par Joëlle Léandre, ainsi que la pièce radiophonique Roaratorio, deux productions de John Cage, concluent tard dans la soirée cette folle journée au cours de laquelle l’attention du public ne se relâche jamais.
Voici une preuve encourageante de sa curiosité.

Longue vie à Présence vocales qui ouvre grand les portes et les fenêtres !

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