DVD

Buon compleanno, Maestro !

      C’est bien sur un somptueux « Joyeux anniversaire » à l’attention du maestro indien Zubin Mehta, entonné par les Chœurs, l’ensemble de la distribution (!) et le public que se sont achevées les salves d’applaudissements qui ont salué cette représentation d’Aïda du Mai Musical Florentin 2011. O A 75 ans, cet immense chef d’orchestre, « chef honoraire à vie » de l’Orchestre du Maggio Musicale Fiorentino, ne se contente pas de son expérience mais continue de creuser le sillon de cet art qu’il a si souvent magnifié dans les plus hauts lieux de sa célébration : l’art lyrique. Son Aïda demeure un modèle de sensibilité. Zubin Mehta est l’un des rares à détenir le secret de cette partition trop souvent interprétée comme une œuvre monumentale à grand spectacle alors qu’elle frôle  l’opéra chambriste. Si l’œuvre est monumentale, c’est surtout et d’abord par le génie qui l’anime et ensuite le lieu de son action. Enlevez la scène du triomphe, peut-être la plus discutable musicalement d’ailleurs, tout le reste n’est que l’intimité de deux amants aux prises avec la jalousie, le pouvoir et le patriotisme. La mise en scène du cinéaste turco-italien Ferzan Ozpetek situe le drame dans un univers désertique. Le décorateur Dante Ferretti le peuple des fameuses têtes du Nemrut Dag, en Anatolie. Effet garanti ! Si la direction d’acteurs est assez sommaire, et malheureusement le présent DVD renforce ici le jeu d’un autre temps des chanteurs, particulièrement celui d’un Radamès caricatural, quelques trouvailles font mouche, tel ce sable qui s’écoule lentement dans la tombe réunissant pour l’éternité Radamès et Aïda, ou encore cette fillette couverte de sang venant troubler un instant les fastes du triomphe. Une distribution  satisfaisante… globalement Marco Berti, évoqué plus haut, est un Radamès rudimentaire, trompetant son rôle avec une incroyable conviction, tentant à l’occasion quelques nuances bien insuffisantes pour en faire un interprète digne d’intérêt. A ses côtés, Hui He possède incontestablement les moyens  du grand lyrique indispensable pour Aïda. Mais ce soir-là, un air du Nil précautionneux, voire crispé, et quelques défauts d’intonation viennent ternir notre plaisir, même si de somptueux piani nous font entendre l’immense cantatrice sous un meilleur jour. Dans une forme époustouflante, Luciana D’Intino, et malgré quelques défauts de soudure dans ses registres, est bien une Amnéris mémorable. Véritable volcan de jalousie, elle domine la scène du jugement avec une assurance dévastatrice. Les clés de fa sont d’un bon niveau. Il en est ainsi de l’imposant, à tous les sens du terme, Amonasro d’Ambrogio Maestri, du Roi de Roberto Tagliavini et du Ramfis de Giacomo Prestia. Les Chœurs de ce festival sont toujours aussi convaincants.

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