Disques

La statue du commandeur

Disparu en 1973 à l’âge de quatre-vingt-huit ans, Otto Klemperer fait partie de la légende des très grands chefs d’orchestre du XXème siècle, aux côtés des Bruno Walter, Arturo Toscanini, Wilhelm Furtwängler… Sa relation étroite, dès 1907, avec Gustav Mahler en a fait l’un de ses interprètes privilégiés. Il a néanmoins abordé les répertoires de toutes les époques, de Bach à Pfitzner avec une rigueur et une probité intérieure qui ont marqué toutes ses interprétations. A l’occasion des quarante ans de sa disparition, EMI réédite une part importante des nombreux enregistrements qu’il a confiés au studio. Les trois coffrets présentés ici recouvrent essentiellement la période stéréophonique de ses gravures orchestrales.

L’un des musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Los Angeles qu’il dirigea dans les années quarante disait de lui : « Il faisait un effet impressionnant, sinon terrifiant ». Son imposante stature, son autorité naturelle lui assurait l’adhésion des orchestres qu’il était amené à diriger. Dès la fin des années trente, il fut considéré comme un « moderniste ». Nommé à la tête du Krolloper de Berlin, il défendit avec opiniâtreté la musique de son temps. L’histoire de sa vie fut ensuite ponctuée de drames et d’accidents.

Après avoir fui l’Allemagne nazi en 1933, il subit une grave opération du cerveau qui lui provoqua une paralysie partielle. Plus tard il fut victime d’un incendie qui lui laissa quelques séquelles… Malgré ces aléas de la vie, il exerça son talent avec détermination et rigueur. Le compositeur Ernest Bloch déclara à son endroit : « Sa musicalité se dressait telle une forteresse en territoire occupé. »

Les enregistrements réédités ici témoignent de cette rigueur, de cette austérité sans raideur qui caractérisent sa direction. Le coffret Brahms est à cet égard exemplaire. Les quatre symphonies, les Haydn Variationen, les ouvertures, la Rhapsodie pour alto (avec l’incomparable Christa Ludwig) et surtout une marmoréenne vision du Requiem Allemand avec Elisabeth Schwarzkopf et Dietrich Fischer-Dieskau en font un monument unique.

 
Un deuxième coffret de six CDs rend hommage à l’accompagnateur, une activité qui pourtant ne l’enthousiasmait pas. Sa forte personnalité, son intransigeance musicale l’ont souvent opposé aux plus grands solistes. Néanmoins, il a trouvé, avec David Oïstrakh dans le concerto de Brahms, et avec Yehudi Mehuhin dans le concerto de Beethoven, l’accord musical qui impose ces interprétations comme d’importants jalons de la discographie. Liszt et Schumann avec la grande pianiste Annie Fischer résonnent comme d’étranges objets largement dignes d’intérêt.

Mais c’est avec Daniel Barenboïm que l’accord atteint un niveau exceptionnel. Le jeune pianiste de vingt-quatre ans séduisit immédiatement le vieux maître octogénaire. Mozart et son concerto n° 25, puis l’intégrale des concertos, à laquelle il faut ajouter la Fantaisie pour piano chœur et orchestre, de Beethoven, restent comme des références musicales.

Le troisième coffret de 8 CDs est consacré à Mozart, ses plus célèbres symphonies, ouvertures et sérénades.

 
Si la rigueur est toujours de mise ici, la tension, subtilement combinée aux plages de détente, anime la vision intemporelle que le chef manifeste avec Mozart. La lenteur des tempi qu’on associe souvent à la direction de Klemperer est loin d’être systématique. Ecoutez l’Allegro initial de la symphonie n° 25 pris dans une allure de tempête ! Les symphonies n° 29, 31, 33, 34, 35, 36, 38, 39, 40 et 41, certaines présentes dans deux enregistrements différents, brossent un tableau saisissant de l’interprète.

La plupart des enregistrements ici réédités font appel au légendaire Philharmonia Orchestra, rebaptisé plus tard New Philharmonia, dont le célèbre producteur Walter Legge confia la destinée dès 1952, à Otto Klemperer devenu ainsi le « Commandeur » par excellence.

Partager

Un Requiem « historique » et implacable !
Le concert d’ouverture de la brillante saison des Grands Interprètes, le 12 octobre dernier, affichait une seule œuvre à son programme, mais un véritable monument musical et vocal, la Messa de Requiem de Giuseppe Verdi.
La guitare au féminin
Le 11 octobre dernier, pour son premier concert de la saison 2026 – 2027, Toulouse Guitare invitait à la Chapelle des Carmélites le Duo Odelia, composé de Marie Sans et Alice Letort.
La Maîtrise de Toulouse célèbre les 20 ans de sa fondation
Le 17 octobre prochain, à 14 h et à 16 h, dans le cadre du festival international Toulouse les Orgues, la Maîtrise de Toulouse donne un double concert en l’Eglise Notre-Dame du Taur.
L’exotisme musical en apothéose
Le 8 octobre dernier, l’Orchestre national du Capitole retrouvait à sa tête le chef invité Lio Kuokman qui accompagnait le grand pianiste argentin Nelson Goerner.
Naissance d’un écrivain
Dialoguant entre intime et universel, cette confession d’un enfant de la génération X ne peut que nous interpeller.
Palais royal – Musée du Louvre, le concert des Clefs de Saint-Pierre
L’auditorium Saint-Pierre des Cuisines reçoit, le 12 octobre prochain, le premier des cinq concerts de la série des Clefs de Saint-Pierre.