Le 1er octobre dernier, la Halle aux Grains pleine à craquer hébergeait le premier concert de la phalange symphonique toulousaine. Placé sous la baguette de son directeur artistique Tarmo Peltokoski, l’orchestre recevait la participation d’un soliste d’exception en la personne du jeune violoniste suédois Daniel Lozakovich.
Le programme musical particulièrement original et novateur de cette soirée s’ouvrait sur deux œuvres rares de compositeurs scandinaves, le Finlandais Einojuhani Rautavaara et le Letton Pēteris Vasks. Il et se refermait sur l’une des grandes partitions d’Igor Stravinski, la suite du ballet L’Oiseau de feu. :
La première pièce de ce concert est une évocation poétique du grand compositeur finlandais Einojuhani Rautavaara intitulée « Concerto pour oiseaux et orchestre – Cantus Arcticus » (Chant arctique). Il s’agit bien en effet d’un concerto dont l’écriture néo-romantique mêle à la richesse orchestrale les interventions sonores d’enregistrements de chants d’oiseaux, considérées comme celles d’un soliste. Au point de réserver aux chants d’oiseaux quelques « cadences » a cappella, dignes d’un grand concerto romantique… Cette évocation particulièrement poétique débute par un frémissement et évolue vers une belle opulence orchestrale. Les chants d’oiseaux sont en quelques sortes annoncés par les interventions virtuoses du pupitre de flûtes, parfaitement exécutées. Des solos instrumentaux, tous magnifiquement exécutés, ponctuent la partition : les flûtes avant tout, puis la trompette, le violoncelle…

La deuxième partition inédite jouée ce soir-là est celle du Letton Pēteris Vasks, intitulée « Concerto pour violon et orchestre à cordes n°1 Distant Light (Lumière lointaine) ». Il s’agit cette fois encore d’un concerto, cette fois pour violon et orchestre à cordes. Mais la partition écrite pour le soliste est d’une exigence hors du commun. Dans les cinq mouvements enchaînés, le violon est appelé à traduire le langage des oiseaux.
La prestation de Daniel Lozakovich, jeune et grand violoniste suédois, se révèle d’une qualité exceptionnelle. S’il s’est déjà produit à plusieurs reprises à Toulouse avec un succès mémorable, son accomplissement est devenu celui d’un très grand artiste. La pureté sonore de son jeu, d’une perfection technique absolue, est au service d’une musicalité et d’un pouvoir expressif admirables. Dans les cadences redoutables qui se succèdent, les doubles cordes, les sons harmoniques, le contrôle absolu du vibrato font merveille ! Magnifiquement entouré d’un orchestre riche de sonorités et de couleurs, il confère à cette partition rutilante une bouleversant intensité.

Le succès enthousiaste (pas si courant pour une œuvre actuelle et rare) obtenu par cette interprétation amène le soliste à offrir un bis intemporel, la Sonate n°1 de Johann Sebastian Bach. Un regard vers l’éternité, joué dans un style et un phrasé qui pourraient être ceux d’un spécialiste de musique baroque.
Toute la seconde partie du concert est consacrée à la version de 1945 de la Suite de ballet de L’Oiseau de feu, d’Igor Stravinski. La direction de Tarmo Pletokoski, d’une précision absolue, en exalte les couleurs orchestrales et le relief de l’écriture. Les contrastes dynamiques confèrent à la partition une vitalité irrésistible. Soulignons la beauté d’exécution des nombreux solos, dont certains sont redoutables. Un grand bravo au cor, au basson, au hautbois, à la clarinette, à la trompette, aux flûtes… La Danse infernale du Roi Kachtcheï atteint un éclat incroyable et l’apothéose du final conclut une performance qui fera date dans la saison actuelle de l’Orchestre.

En fin de soirée, Jean-Baptiste Fra, le Délégué général de l’Orchestre, vient annoncer le départ de deux musiciens « historiques » que l’ensemble des collègues ne manquent pas de célébrer. Il s’agit de la violoniste Jacqueline Bourdarias et du flûtiste Claude Roubichou, deux « piliers » de l’Orchestre pendant plus de quarante ans. Baisers, embrassades se multiplient, scellant ainsi la cohésion de la phalange toulousaine. Nos meilleurs vœux les accompagnent !
Serge Chauzy
