Concerts

« Ouvertures » à quatre mains avec Pianomuses

Gert Hecher et Ema Jedlička-Gogova - Photo Classictoulouse

Le 6ème concert de la belle série de Pianomuses réunissait, ce dimanche 27 septembre en la chapelle des Carmélites, deux pianistes invités de grand talent. Le Viennois Gert Hecher et la Tchéco-macédonienne Ema Jedlička-Gogova avaient imaginé pour cette fin d’après-midi dominicale un programme musical constitué exclusivement d’ouvertures à quatre mains de la période romantique.

À Toulouse, l’association Pianomuses permet aux mélomanes de découvrir les pianos anciens, encore peu connus dans la ville qui a reçu en 2023 le label « Ville des Musiques » de l’Unesco.

La saison 2026 propose sept concerts aux thèmes variés. Après un concert-hommage à Weber, donné le 13 septembre dernier, ce dernier programme à quatre mains a donc développé le thème original des « Ouvertures » conçues pour piano à quatre mains.

Gert Hecher, pianiste viennois (également restaurateur de pianos anciens, dont le Streicher viennois de 1860 utilisé pour ce concert) a étudié le piano, la pédagogie et l’interprétation historique à l’Université de musique et des arts du spectacle de Vienne. Ses activités de concertiste, chambriste et accompagnateur vocal le conduisent en Autriche, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, au Japon… Par ailleurs, il se consacre donc à la restauration d’instruments historiques.

La pianiste et professeure tchéco-macédonienne Ema Jedlička-Gogova enseigne le piano au Conservatoire de Brno, en République tchèque. Elle est membre du Club des Compositeurs moraves et également directrice artistique et présidente de l’Association pour la vie créative et interculturelle de Brno.

Dès les premières mesures de leur intervention toulousaine, ces deux artistes composent un duo de piano à quatre mains d’une cohésion impressionnante. On retrouve immédiatement les chaleureuses caractéristiques sonores du Streicher viennois de 1860 dont ils partagent le clavier. Le programme de musiques de salon du XIXème siècle qu’ils proposent est constitué d’œuvres originales et de transcriptions d’œuvres orchestrales.

Ema Jedlička-Gogova et Gert Hecher – Photo Classictoulouse

Comme pour prolonger le programme du concert du 13 septembre dernier de Pianomuses, en hommage à Carl Maria von Weber, les deux pianistes jouent la transcription de l’ouverture de l’opéra Peter Schmoll und seine Nachbarn, Op. 8, composé par Weber à, l’âge de 15 ans ! Vivacité et transparence caractérisent leur interprétation. On admire également le parfait équilibre sonore des deux registres occupés alternativement par l’un ou l’autre des pianistes.

Deux pièces de Franz Schubert complètent la première partie du concert. Dans l’Ouverture en fa majeur pour duo à 4 mains D. 675, le musicien se serait (de loin…) inspiré du modèle de l’ouverture d’Egmont de Beethoven. Les interprètes en soulignent le caractère solaire, joyeux. L’Ouverture de Rosamunde de l’opéra Die Zauberharfe (la Harpe Magique) D. 644 est ensuite jouée dans l’arrangement pour piano à quatre mains de Friedrich Hermann. Le fameux thème est brillamment énoncé avec rigueur et lyrisme.

La seconde partie s’ouvre sur une autre partition particulièrement célèbre de Robert Schumann, Manfred dans l’arrangement d’August Horn. L’aspect dramatique, lié au personnage de Lord Byron, trouve son expression touchante dans l’exécution des deux pianistes.

Autre partition célèbre dans sa version orchestrale, l’Ouverture Les Hébrides ou La Grotte de Fingal, op. 26 de Felix Mendelssohn est ensuite jouée dans sa transcription pianistique du compositeur lui-même. Le jeu des interprètes se veut essentiellement évocateur, lié aux images de cette grotte basaltique, quelque peu exotique aux yeux de Mendelssohn, du nord de l’Ecosse.

Les artistes au salut – Photo Classictoulouse

L’opus 54 de Carl Czerny conclut ce programme. Il s’agit de l’Ouverture caractéristique et brillante en si mineur, conçue explicitement pour le piano à quatre mains. Cette pièce profondément romantique expose une facette de Czerny qui va bien au-delà de ses célèbres études pédagogiques. Son écriture brillante et théâtrale, habilement soulignée par les pianistes, est digne d’une grande ouverture de concert.

Le succès de cette prestation motive l’offre d’un bis. Cette Ouverture dans le style italien, de Schubert, composée en novembre 1817 sous l’influence directe de la musique de Rossini, conclut cette fin d’après-midi sur un sourire musical bienvenu.

Serge Chauzy

Programme détaillé :

• C. M. von Weber (1786-1826) : Ouverture de Peter Schmoll

• F. Schubert (1797-1828) : Ouverture en fa majeur pour duo à 4 mains D. 675 – Ouverture de Rosamunde de l’opéra Die Zauberharfe (La Harpe Magique) D. 644 (arr. Friedrich Hermann)

• R. Schumann (1810-1856) : Ouverture de Manfred op. 115 (arr.  August Horn)

• F. Mendelssohn (1809-1847) : Ouverture des Hébrides, ou La Grotte de Fingal op. 26 (arr.  Mendelssohn)

• C. Czerny 1791-1857) : Ouverture pour duo à 4 mains en si min op. 54

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