Le narrateur, dernier rejeton d’une famille qui a, pendant des générations, tenu en grand secret une histoire inavouable depuis le mitan des années 60 du siècle dernier, décide de briser ce plafond de verre et de faire enfin connaissance avec un passé mystérieux.
Paul Virsac et Gabrielle se sont mariés, à peine majeurs. Très rapidement, parce qu’il en est ainsi dans la société d’alors, ils ont fait des enfants, Suzanne et Colette. Paul est professeur d’italien au Lycée Masséna de Nice, Gaby, son épouse, employée des PTT. La proximité et les goûts de Paul transportent souvent la famille vers l’Italie voisine. Eté 64, direction San Donato in Poggio, entre Florence et Sienne. C’est là que la famille Virsac pose ses valises pour quelque temps de vacances dans une pension. Philippe Besson nous présente la maisonnée. Parmi elle, Sandro, un jeune chef cuisinier. Alors qu’au cours d’une discussion, il est question du livre d’E M Forster, Avec vue sur l’Arno, l’échange s’interrompt pour des raisons pratiques, mais Sandro demande à Paul s’il pourrait lui en dire davantage sur ce roman, à un autre moment. Paul ne le sait peut-être pas encore mais sa vie vient, à cet instant précis, de basculer. Prétextant une fatigue passagère, Paul ne partira pas en excursion avec sa famille le lendemain. Il reste, seul, dans la pension…
Peu de temps après, il disparaît. Sa famille ne le retrouvera pas. Une lettre cependant arrive entre les mains de Gaby. Elle scellera un secret. C’est lui que veut percer le narrateur, le fils de Suzanne.
C’est une véritable enquête mémorielle que nous propose Philippe Besson. Mais ce n’est pas que cela, loin s’en faut. Sous le soleil brûlant de la Toscane, Paul a pu entamer et réaliser son chemin de vie. S’il a disparu et quoi que lui ait coûté sa séparation d’avec sa famille, c’est parce qu’il a répondu à un appel irrépressible. Son petit-fils va enfin découvrir la vérité.

Au travers d’une plume dont on connait l’élégance, la pudeur et la profondeur émotionnelle, l’auteur nous parle en creux de cette société corseté et hypocrite bâillonnant alors les personnes éprises d’une certaine liberté. C’est elle qui est ici jugée et non pas Paul dont on découvrira petit à petit le destin. De retour d’Italie, le narrateur va faire le récit de ses découvertes à sa mère. Dans la sidération de son récit, celle-ci se taira, envahie par de sentiments contraires : stupéfaction, colère, embarras, pardon, soulagement. Finalement, c’est de respect qu’il sera question. J’ai toujours admiré les êtres qui ont le courage d’être eux-mêmes finira-t-elle par avouer dans un souffle à son fils.
Un roman bouleversant.
« Une pension en Italie » roman de Philippe Besson – Editions Julliard – 240 pages – 21€
