Les rencontres hebdomadaires de la rue Sainte Catherine, à Leipzig et plus précisément au café de Gottfried Zimmermann, ont de quoi nous faire aujourd’hui rêver. Chaque semaine, dans cette antre enfumée, les musiciens du Collegium Musicum fondé en 1701 par Georg Philipp Telemann (1681-1767) étaient dirigés par… Johann Sebastian Bach (1685-1750), du moins entre 1719 et 1739. Mélomanes avertis et consommateurs de passage goûtaient alors, sans le savoir, au répertoire qui allait irriguer et nourrir toute la musique occidentale des siècles à venir. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que le violoniste argentin Pablo Valetti, jouant aujourd’hui sur un Guadagnini de 1758, décide de nommer l’ensemble instrumental qu’il fonde en 1999, en toute simplicité mais certainement avec beaucoup d’humilité : Café Zimmermann.
Rien d’étonnant non plus à ce que le programme de l’avant – dernier concert de la magnifique saison 25/26 des Arts Renaissants, dont il était l’invité, convoque deux compositeurs majeurs que sont : Georg Philipp Telemann et … Johann Sebastian Bach. Il ne manquait plus que des chopes de bières mousseuses et les vapeurs de gigantesques pipes pour qu’en fermant les yeux nous nous projetions dans ce temps de légende musicale.
Telemann ouvre donc cette soirée du 3 février 2026. Celui qui composa un concerto pour cor de chasse peut se vanter d’être le plus prolifique des compositeurs de tous les temps. Des musicologues estiment à quelques 6000 ses opus, entre opéras, cantates, concertos, et en fait toutes formes musicales existantes alors. Cela dit très peu nous sont parvenues… au vu de sa production. Dans ce lieu idéal pour ce répertoire qu’est l’Auditorium Saint-Pierre-Des-cuisines, les « Zimmermann » ont inscrit deux ouvrages de ce musicien : le concerto pour flûte, violon et violoncelle en la majeur TWV 53 :A2 et le double concerto pour flûte à bec et traverso* en mi mineur TWV 52 :e1 dont le sautillant Presto nous fut redonné en bis pour la plus grand joie d’un public aux anges.

Le cœur du programme tournait bien sûr autour du Cantor : Johann Sebastian Bach. Après son concerto pour violon en la mineur BWV 1041 donné en première partie, ce sont deux de ses célèbres « brandebourgeois » qui occupaient toute la seconde partie de la soirée, le 5 en ré majeur BWV 1050 et le 4 en sol majeur BWV 1049. Le premier cité nous a permis d’apprécier pleinement la virtuosité et la musicalité de la claveciniste française Céline Frisch dont l’instrument fut trahi par une sonorité discrète lors des autres pièces. Si toutes les cordes frottées, dont la rugosité naturelle n’entame en rien une éblouissante lumière, sont à saluer pour leur énergie et leur discipline stylistique, il faut ainsi nommer le directeur et fondateur de cet ensemble l’Argentin Pablo Valetti (violon), le Français David Plantier (violon), l’Italien Mauro Lopes Ferreira (violon), l’Espagnole Núria Pujolràs (Alto), le Hongrois Balazs Maté (violoncelle) et l’Italien Davide Nava (contrebasse), ce sont clairement l’Allemand Michael Form (flûte à bec) et le Hongrois Karel Valter (traverso) qui furent les héros de cette soirée. Chacun sait les difficultés de pratique de ces instruments. Ici il n’y paraît rien tant la longueur du souffle, la souplesse de la mélodie, la rondeur du son, l’assise de ce dernier et surtout tous les affects que ces musiciens nous ont transmis semblent couler de source.

Encore une soirée ancrée dans notre souvenir durablement.
Robert Pénavayre
- traverso : flûte baroque
Photos : Monique Boutolleau
