Danse

UNE ÉTOILE Á LA BARRE DU VAISSEAU DANSE DE L’OPÉRA DE PARIS

Après plusieurs semaines de suspense et de supputations,  José Carlos Martinez a été nommé directeur de la Danse de l’Opéra de Paris en remplacement d’Aurélie Dupont, par Alexander Neef.

On pourrait presque parler d’un retour à la maison pour le danseur étoile de cette grande institution qu’il a quitté en 2011 après y être entré en 1988. Né à Carthagène (Murcie) en 1969, il commence la danse un peu par hasard, en accompagnant sa petite sœur à un gala de danse de l’école de Pilar Molina. A 14 ans, il intègre l’Ecole Supérieure de Danse Rosella Hightower à Cannes. En 1987, il est lauréat du Prix de Lausanne, qui lui ouvre les portes de l’Opéra de Paris. Il sera nommé étoile en 1997 à l’issue d’une représentation de La Sylphide. Durant sa carrière d’étoile il sera l’interprète rêvé des grands ballets du répertoire de Giselle au Lac des Cygnes de Casse-Noisette à Don Quichotte . Mais il interprètera avec le même bonheur des chorégraphes plus contemporains comme Maurice Béjart, Pina Bausch, Mats Ek ou John Cranko, entre autres.

C’est à l’Opéra également qu’il signe la première de ses chorégraphies, Mi Favorita, qui entrera au répertoire de la Compagnie. Suivront Scaramouche pour l’école de l’Opéra, et, en 2008, Les enfants du Paradis qui lui vaudra le Prix Benois de la Danse (2009), ballet sur lequel il fera ses adieux en septembre 2011.

José Martinez – Le Lac des Cygnes – Opéra de Paris – ©ONP

Le Ministère de la Culture espagnol lui propose alors la direction de la Compañía Nacional de Danza. Il réalise de cette manière un rêve d’enfant, lui qui dit « avoir subi comme beaucoup de danseurs espagnols la frustration de ne pas pouvoir danser en Espagne, car il n’y avait de grande compagnie classique ». Il succède à Nacho Duato et la tâche se révèle délicate, dans la mesure où le style classique avait pratiquement disparu du répertoire. Certaines des danseuses n’avaient pas rechaussé les pointes depuis le conservatoire. Cependant, les années Duato, son style, ont donné aux danseurs une fluidité, un phrasé qui ne peut que servir un danseur classique. Ce travail de fond qu’il entreprend se concrétisera en 2015 avec la présentation de son grand ballet narratif Don Quichotte. De ce ballet le chorégraphe dit : « En m’inspirant de la chorégraphie originale de Marius Petipa ainsi que des diverses versions que j’ai eu l’occasion de danser (Noureev, Baryshnikov, Gorski) il m’a paru important de maintenir la construction chorégraphique du ballet, mais j’ai voulu donner une coloration plus poétique au personnage de Don Quichotte et sa recherche de l’amour parfait incarné par Dulcinée. En même temps, il était nécessaire de s’approcher le plus possible de l’essence de notre danse. Il me semble très important que la production de Don Quichotte d’une compagnie espagnole, tout en étant une version d’un ballet classique russo-français, soit réellement respectueuse de notre culture et de notre tradition ».

Don Quichotte -Chor. José Carlos Martinez – CND – ©Jesùs Vallina

Un deuxième grand ballet classique signera également le travail de José Carlos Martinez à la CND, en 2018, son Casse-Noisette, une œuvre féérique, d’une très grande élégance. Parallèlement, le danseur donne une place de choix à de jeunes chorégraphes espagnols comme Alejandro Cerrudo, Cayetano Soto ou Arantxa Sagardoy, mais aussi des contemporains étrangers comme Mats EK, Angelin Preljocaj ou Johan Inger. Ce dernier a créé pour la CND, en 2015, son ballet Carmen, qui a eu un retentissement international et lui a valu le Benois de la danse en 2016.

Outre ce travail auprès des danseurs, la CND sous l’impulsion de José Carlos Martinez a mis en place des projets en direction des enfants pour les sensibiliser à la danse, mais également en direction des jeunes et des adultes et de personnes souffrant de handicap et présentant un risque d’exclusion sociale. Le but est de démontrer que la danse favorise le développement personnel durant les différentes étapes de la vie. Ces actions se développent sous forme d’ateliers de danse, de rencontres, de recherche autour de la danse et plus généralement des arts de la scène.

Cascanueces – Cristina Casa – Chor. José Carlos Martinez – ©CND

C’est donc fort d’une expérience riche aussi bien chorégraphique qu’administrative que José Carlos Martinez arrive à l’Opéra de Paris. Le travail remarquable qu’il a réalisé à Madrid laisse présager le meilleur pour l’Opéra. Il a déclaré qu’il se consacrerait à son activité de direction, mettant en sommeil son activité de chorégraphe. On pourra cependant voir son Don Quichotte à Bordeaux en juin 2023.

Seul danseur à avoir obtenu trois des prix les plus prestigieux de la danse : le Prix de Lausanne en 1987, la Médaille d’Or du Concours de Varna en 1992, le Benois de la danse en 2009, il a également reçu en 1999, le Grand Prix National de Danse en Espagne, et est Chevalier des Arts et Lettres.

José Carlos Martinez prendra ses fonctions le 5 décembre prochain, et prenant ainsi la suite d’une longue succession de directeurs légendaires comme Jean George Noverre, Jean Coralli, Arthur Saint Léon, Lucien Petipa, Serge Lifar, Rudolf Noureev, Patrick Dupont, entre autres. Nous ne pouvons que souhaiter une belle réussite au nouveau Directeur de la Danse.

                                                                                               Annie Rodriguez

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